Tri-articulation sociale

Des extraits importants de l'ouvrage de Rudolf Steiner, "Éléments fondamentaux pour la solution du problème social" (GA23) sont publiés en langue française sur le présent site (cliquez ici).

 

Vie économique

 

À lire dans l'ordre articles n°1 à 14.

L'objectif de l'économie se limite à régler la production, la circulation et la consommation des biens et services de la manière la plus avantageuse possible pour toutes les parties.

L'homme y satisfait ses besoins et y exerce son activité. Chacun y a ses intérêts particuliers. L'un sert les intérêts de l'autre.

La nature d'une économie moderne et fraternelle

Les ensembles économiques se sont élargis au cours de l'évolution de l'humanité. De l'économie familiale fermée, nous sommes arrivés, en passant par l'économie urbaine et nationale, à une économie mondiale. Ces économies nationales sont issues de forces politiques provenant d'un État qui veut réglementer, organiser de l'extérieur la vie économique. Actuellement, nous pouvons constater une certaine confusion entre l'économie et l'État.

Or, la vie économique aspire à s'édifier elle-même sur ses propres forces. Cette autogestion peut se faire via l'activité complémentaire d'associations formés librement par secteur d'activité économique (par exemple : production agricole et alimentation, mobilité et déplacements, logement, habillement, etc.) et qui grouperont des cercles de consommateurs, de commerçants et de producteurs à partir d'un niveau local (leur dimension se réglera d'elle-même selon les circonstances de la vie).

Ce ne sont pas les lois abstraites du marché basées sur une maximisation des profits qui règleront la production, la circulation et la consommation des biens, mais les êtres humains au sein de ces associations, par leur compréhension directe des besoins de chaque membre. Dans une association, une bonne harmonie peut régner entre les intérêts des participants grâce à la compétence et l'expérience professionnelle ainsi qu'à la confrontation des jugements de chacun.


Avec l'apparition de la division du travail, les besoins de chacun(e) sont totalement couverts par la collectivité. En échange, chacun(e) travaille pour satisfaire les besoins des autres. Le processus économique devient de ce fait de plus en plus altruiste, objectivement (mais pas au niveau du vécu subjectif, c'est-à-dire au niveau des représentations que chacun se fait du processus économique : la plupart des êtres humains continuent actuellement de croire qu'ils travaillent pour eux-mêmes, ce qui n'est objectivement pas le cas).
Cependant, la complexification de l'économie et la division du travail font perdre la conscience du processus d'ensemble de l'économie dont plus personne n'a une vision claire. L'usage de modèles mathématiques abstraits et alambiqués pour appréhender les processus économiques, ne fait qu'éloigner le regard des processus réels et brouiller leur compréhension.

 

Il s'agit donc de reprendre en main l'économie sur base d'une conscience claire d'ensemble: le mécanisme de l'offre et de la demande sera remplacé par la libre expression et l'observation rationnelle des besoins ainsi que par des engagements contractuels entre partenaires, au sein des associations économiques, qui deviendront le véritable centre de gravité, humain, de l'économie.
La « main invisible » du marché supposée apporter le bonheur du plus grand nombre fera place à ces « organes de perception et de décision » objectifs se trouvant le plus près possible des processus économiques, que constituent les associations économiques. Elles peuvent aussi faire naître un sens plus aigu des responsabilités dans l'économie par le fait qu'elles sont capables d'informer les individus, membres des associations, sur les conséquences que leur manière d'agir entraîne pour la collectivité.
Les décisions prises au sein des associations seront d'autant plus au service de l'intérêt général qu'auront été formés des jugements en groupe afin de satisfaire les besoins de chacun.

 

Les missions des associations économiques sont principalement les suivantes :
• prendre connaissance des besoins économiques des partenaires associés : les besoins des consommateurs et ceux des entrepreneurs;
• déterminer si l'élaboration de tel ou tel produit ou service répond ou non à un besoin qui est exprimé;
• planifier la production sur base d'une identification des besoins, décider de l'augmenter ou de la diminuer en fonction de ceux-ci;
• choisir la meilleure méthode de leur distribution;
• prendre conscience du prix des biens et services qui doit être pratiqué pour qu'il soit possible de répondre mutuellement aux besoins de tous (producteurs, distributeurs et consommateurs);
• freiner une accumulation trop importante de capitaux dans un secteur particulier de l'économie ou au contraire stimuler une capitalisation trop faible;
• orienter l'activité des établissements financiers de telle façon à répartir les crédits aux personnes disposant des facultés nécessaires pour les utiliser au mieux dans l'intérêt de la collectivité;
• répartir la main d'oeuvre entre les secteurs en fonction des besoins;
• négocier et ensuite conclure des contrats* entre producteurs, distributeurs et consommateurs, concrétisant leurs engagements réciproques sur base de la conscience et des décisions mentionnées ci-dessus.  Du fait que les intérêts devront se compenser au moyens de contrats, les biens circuleront selon la valeur qui leur correspond et non pas selon les prix incontrôlables du marché

 

Dans ces associations ne siègeront pas des « salariés » (représentés par des syndicats formés selon des points de vue politiques et non économiques) qui useront de leur puissance pour exiger, de l'entrepreneur des salaires aussi hauts que possible, mais des « travailleurs » qui agiront de concert avec les directeurs de la production et les représentants des consommateurs, pour établir, en réglementant les prix, une production correspondant à sa contrepartie.

Une administration centrale de l'économie

L'ensemble du corps économique sera constitué par l'activité complémentaire d'associations formées d'hommes ayant les mêmes intérêts professionnels, ou les mêmes intérêts de consommation qui, par des échanges réciproques, mettront sur pied l'ensemble de l'économie.

Ces associations professionnelles convergent au sommet en une administration centrale de l'économie qui possède ses propres organes de décision et d'organisation.

Les tableaux ci-dessous permettent d'entrevoir en quoi l'économie associative se distingue de l'économie de marché et de l'économie planifiée, et forme, au sein d'un organisme social "tri-articulé", la base d'un nouveau paradigme économique :

 

Un tableau comparatif entre trois types de paradigmes économiques.

A comparison between three different economic paradigms.

 

 
Économie de Marché

Market economy

 
Économie associative

Associative economy

 
Économie planifiée

Planned economy


Centre de gravité de l’économie

Center of the economy


Le Marché
(« main invisible »)

The market

 
Libres associations économiques

Free economic associations

 
État central planificateur

Central government planner


Critère
de mise en production ou distribution d’une marchandise

Central criterium


Selon le profit réalisé sur le produit

Profit

 
Libre expression
et observation rationnelle des besoins humains.
Compréhension sociale

Free expression of needs.
Social understanding


Selon le plan centralisé

Centralized plan


Organisation de la relation entre production et consommation

Relationship between production and consumption


Mécanisme
de l’offre et de la demande

 

Supply and demand mechanism

 
Concertation
. Recherche et fixation du vrai prix des marchandises. Négociations à caractère contractuel

Consultation and negotiation
=> contracts


Gestion centralisée et bureaucratique (gestion « mécanique » par l’État central)

 

Bureaucratic and centralized management

 

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Pour en savoir davantage sur les associations économiques et l'économie associative, leur structure, leur fonction, des exemples concrets, etc. consultez l'article suivant : L'économie associative - Un aperçu.

 

AVERTISSEMENT : la question sociale est en soit très complexe.  Les concepts de la triarticulation sociale (encore appelée tripartition sociale ou trimembrement* social) constituent un outil pour en saisir l'essentiel, et sur cette base, pour en comprendre les détails et agir localement.  Les divers auteurs des articles publiés sur ce site tentent de les expliciter et d'en proposer des applications pratiques.  Leur compréhension du trimembrement de l'organisme social est susceptible d'évoluer avec le temps.  Les auteurs peuvent évidemment aussi se tromper dans leurs interprétations.  Le risque d'erreur fait partie de toute démarche de recherche! Nous ne pouvons dès lors qu'inviter les lecteurs à prendre connaissance des concepts à leur source, c'est-à-dire dans les ouvrages de base (voir la bibliographie sommaire).
Trimembrement, tripartition ou triarticulation sociale, sont des synonymes. L'expression "trimembrement de l'organisme social" est celle qui traduit le plus fidèlement l'expression allemande "Dreigliederung des sozialen Organismus"}trimembrement

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